Actualité

Semana Santa

Mélange de religion, de tradition et de folklore, la Semaine Sainte de Séville existe depuis le XVIe siècle. Près de 50 000 personnes portent l’habit de pénitent pour défiler dans les quelques 58 processions qui sont organisées, tandis que les “costaleros” (porteurs) transportent les “pasos “(autels) sur leur dos. Chaque jour, il y a des processions l’après-midi et le soir. Chaque confrérie sort de son église et établit son propre itinéraire, qui s’achève par sa sortie de la cathédrale. Après avoir abandonné la cathédrale, le cortège retourne à  son église en empruntant un itinéraire différent. Dans les processions, il est particulièrement émouvant d’entendre les saetas : il s’agit de chansons flamencas que les gens chantent a capella depuis leurs balcons, en honneur aux images religieuses.

Durant cette semaine la circulation dans la ville est pratiquement bloquée par les infrastructures (chaises, gradins, barrières de sécurité) mise en place pour cette manifestation. On peut ressentir dans la ville un mélange de ferveur, de fébrilité partagée par les “locaux” et les nombreux touristes. Tout semble anachronique pour un européen “du nord”. Ce mélange d’images religieuses et de gens buvant de la bière sur les trottoirs.

Les photos :

https://www.errivan.eu/presentation-des-differents-themes/

 

 

Hannah Arendt

Ce qui permet à une dictature totalitaire ou à toute autre dictature d’exister, c’est que les gens ne soient pas informés; Comment pouvez-vous avoir une opinion si vous n’êtes pas informé? Si tout le monde vous ment toujours, la conséquence n’est pas que vous croyez les mensonges, mais plutôt que personne ne croit plus rien. C’est parce que les mensonges, par leur nature même, doivent être changés, et un gouvernement menteur a constamment à réécrire sa propre histoire. Du côté récepteur, vous obtenez non seulement un mensonge – un mensonge que vous pourriez continuer pendant le reste de vos jours – mais vous obtenez un grand nombre de mensonges, selon la façon dont le vent politique souffle. Et un peuple qui ne peut plus croire n’importe quoi ne peut pas se décider. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple vous pouvez alors faire ce qu’il vous plaît.

Traduction d’une interview d’Annah Arendt d’octobre 1978.

What makes it possible for a totalitarian or any other dictatorship to rule is that people are not informed; how can you have an opinion if you are not informed? If everybody always lies to you, the consequence is not that you believe the lies, but rather that nobody believes anything any longer. This is because lies, by their very nature, have to be changed, and a lying government has constantly to rewrite its own history. On the receiving end you get not only one lie—a lie which you could go on for the rest of your days—but you get a great number of lies, depending on how the political wind blows. And a people that no longer can believe anything cannot make up its mind. It is deprived not only of its capacity to act but also of its capacity to think and to judge. And with such a people you can then do what you please.


Hannah Arendt, née Johanna Arendt à Hanovre le 14 octobre 1906 et morte le 4 décembre 1975 à New-York, est une politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine, connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme, la modernité et la philosophie de l’histoire.

Le film sur sa vie : Hannah Arendt de Margarethe von Trotta.

Imagine

Imagine_colors

Vivian Maïer

Zoom Photographe : Vivian Maier

Découverts dans un garde meuble de Chicago par un agent immobilier, John Maloof, les centaines de milliers de tirages de la photographe Vivian Maier sont dévoilés au monde de la photographie en 2007, révélant le talent extraordinaire d’une femme ordinaire.

© Vivian Maier, Kirk Douglas at the premiere of the movie Spartacus in Chicago, IL. October 13, 1960

© Vivian Maier, Kirk Douglas at the premiere of the movie Spartacus in Chicago, IL. 13 octobre 1960

Vivian Maier est une photographe post-mortem, vivant sa passion dans le secret le plus total en parallèle de sa profession de nourrice. Son œuvre est un témoignage hors du commun des rues de New-York et Chicago, de leurs habitants et de la société des années 1960-1970. Elle est née en 1926 à New York et vît à Chicago à partir de 1956 jusqu’à son décès en 2009.

© Vivian Maier, 1953, New York, NY

© Vivian Maier, 1953, New York, NY

Autodidacte, elle s’essaie à la photographie avec un appareil amateur, le Kodak Brownie, avant de choisir un modèle plus évolué que sa maitrise de l’outil lui permet après quelques années de pratique, le Rolleiflex.

Comme Albert Einstein qui était assistant de laboratoire pour avoir le temps de mener à bien ses recherches en parallèle de son travail, Vivian Maier exploite sa profession initiale au profit de sa passion. C’est grâce au logement qu’elle obtient d’une famille en 1956 qu’elle transforme sa salle-de-bain privative en chambre noire et commence à développer et amasser ses pellicules dont les 120 000 négatifs seront tous retrouvés entassés dans des boites en 2007. Essentiellement en noir et blanc, elle passe un temps à la couleur avec un Kodak Ektachrome 35mm puis utilise un Leica IIIc.

Vivian Maier abandonne la photographie dans les années 1990 pour des raisons financières. Elle est contrainte de vendre son matériel pour subvenir à ses besoins. Ses biens ainsi que toutes ses photos et pellicules encore non-développées sont placés dans un garde meuble que John Maloof découvre en 2007 lors de sa vente aux enchères pour loyer impayé. Vivian Maier décède en avril 2009 dans une maison de convalescence suite à une chute sur la glace dans les rues de Chicago l’année précédente. Les photographies acquises par John Maloof ne sont référencées nulle part et des recherches sur l’identité d’un(e) “Maier”, il n’obtient que son acte de décès. Il ne réalise alors pas immédiatement l’immensité du travail qu’il vient d’acquérir de cette photographe encore anonyme.

© Vivian Maier, September 29, 1959. New York, NY

© Vivian Maier, 29 septembre 1959. New York, NY

Vivian Maier excelle dans la photographie de rue, son principal terrain de jeu. Très peu de ses photographies sont prises en intérieur, ce qui révèle une technique d’observation et d’accommodation de la luminosité impressionnante pour quelqu’un qui n’a jamais étudié les fondamentaux en la matière. Même si l’environnement reste le même, la déclinaison des thématiques de ses albums est grande. Vivian Maier donne un caractère à la rue que l’anonymat a pour habitude de lui retirer.

Passant du genre de la photo familiale posée à celui du photojournalisme sur la condition des plus démunis, le sentiment qui émane de ses clichés est celui de la confiance. Face à l’objectif, de nombreux protagonistes qui se savent photographiés maintiennent le regard, comme si Vivian Maier était connue des habitants et pouvait les prendre en photo dans la rue sans appréhension.

© Vivian Maier, August 16, 1956, Chicago, IL

© Vivian Maier, 16 août 1956, Chicago, IL

© Vivian Maier, Undated

© Vivian Maier, sans date

L’ombre et l’espace sont deux éléments qui se retrouvent dans le travail de Vivian Maier, il n’y a pas de place pour le vide dans ses photos. Les photographies d’architecture révèlent particulièrement cet aspect, Vivian Maier joue de chaque élément présent dans le champ pour déstructurer ce qui est initialement photographié et déstabiliser le spectateur dans sa perception de l’image.

© Vivian Maier, April 20, 1956. Chicago, IL

© Vivian Maier, 20 avril 1956. Chicago, IL

La photographie de Vivian Maier a un caractère à la fois intime et étouffant. Hormis sur quelques photos de grands ensembles, le ciel est absent des clichés de la photographe, comme pour nous empêcher de respirer et nous plonger plus intensément dans la frénésie de la ville et le bouillonnement de la rue.

© Vivian Maier, Undated, New York, NY

© Vivian Maier, sans date, New York, NY

Elle est aussi reconnue pour ses autoportraits, à travers des miroirs ou des reflets de devantures, parfois même simplement via sa propre ombre sur le bitume. C’est ce qui a permis à de nombreux artistes d’identifier qui elle était et de reconstruire progressivement son parcours et son œuvre.

© Vivian Maier, Self-Portrait

© Vivian Maier, Self-Portrait

John Maloof, en rachetant les négatifs de Maier, a révélé une des grands photographes du XXe siècle, mais de nombreuses énigmes demeurent encore sur cette femme autodidacte que la passion a mené au talent insoupçonné. Et c’est probablement cette part de mystère qui nous pousse à admirer et observer son travail, pour réussir à saisir un peu plus à travers ses clichés qui était cette discrète photographe de rue.

Pour élargir : Film reportage “A la recherche de Vivian Maier” et le livre Vivian Maier: Street Photographer publié par John Maloof en 2011.

Hackers Russes

Lucie Bras

Recherche hacker pour mission d’état… En quelques années, la Russie a recruté des hackers pour venir grossir les rangs de ses forces de cyberdéfense. Qui sont ces équipes d’élite chargées de protéger la Russie ?

Le sujet est brûlant aux Etats-Unis. Barack Obama est convaincu que des hackers russes ont attaqué le camp démocrate pendant l’élection présidentielle, menant à la défaite d’Hillary Clinton.

La cyberdéfense est vite devenue une priorité pour le Kremlin. Cela fait environ trois ans que les offres d’emploi de hackers pullulent en Russie d’après cet article du New York Times. Les autorités ont commencé à chercher de nouveaux talents, du jeune étudiant au développeur confirmé.

La chasse aux talents

Des annonces sont peu à peu apparues sur les réseaux sociaux pour cibler les jeunes. Le ministère de la défense a même publié une offre sur le Facebook russe, Vkontakte, sous la forme d’une vidéo en images de synthèse (voir-ci-dessous).

De nombreux avantages attendent les postulants comme un logement tout confort ou une exemption du service militaire classique. Ces recrues sont supposées alterner entre des entreprises en contrat avec l’armée et les «escadrons scientifiques» dans les bases militaires du pays.

Une évidence pour Gérôme Billois, expert cyberdéfense chez Wavestone.«On manque cruellement de compétences dans ce domaine. Pour recruter, il faut donc utiliser tous les canaux, il faut aller chercher les talents là où ils sont.»

>> A lire aussi : L’OSCE cible d’une attaque informatique attribuée à des hackers russes

De la prison à l’armée

La Russie recrute aussi ses futurs e-combattants… en prison. Nombreux sont les hackers qui ont eu des problèmes avec la loi, comprendre les membres de la cybermafia. Le gouvernement leur offre une une remise de peine en échange d’un enrôlement.

Les russes ont la bosse des maths et le pays est un vivier de talents numériques. «Les autorités cherchent à la fois des recrues capables de concevoir des armes numériques, ce qui nécessite des aptitudes poussées, et des opérationnels chargés d’utiliser ces armes», insiste Gérôme Billois.

>> A lire aussi : Piratage russe, le FBI accuse Moscou et le groupe de hackers Fancy Bear

La cyberdéfense ne concerne pas que la Russie. Tous les pays s’en sont dotés depuis quelques années. Gérôme Billois observe d’ailleurs un changement dans la communication autour de ces forces de frappe numérique. «On constate une mise en avant de ces forces par les dirigeants. Ce n’est plus un secret défense mais une arme de dissuasion.»

Dans le domaine de la cyberdéfense, la Russie a de nombreuses fois montré sa force de frappe numérique. Des soldats invisibles mais des conséquences bien réelles : après les accusations d’ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine, 35 diplomates ont été chassés du territoire américain par Barack Obama.